À Porto Rico, la langue dit beaucoup du statut politique de l'île. L'espagnol y reste la langue de la vie quotidienne et le principal marqueur d'identité, tandis que l'anglais accompagne un siècle de rattachement aux États-Unis sans jamais l'avoir remplacé.
L'espagnol et l'anglais ont tous deux valeur officielle sur le territoire. Dans les faits, l'espagnol domine très largement à la maison, dans les commerces, à la radio et dans la presse locale. L'anglais reste présent dans les administrations et tribunaux fédéraux, dans les affaires et le tourisme. Le statut respectif des deux langues a fait l'objet de plusieurs lois depuis 1898, dans un débat toujours lié à la question du statut politique.
L'espagnol portoricain appartient à la famille des parlers caribéens, marqués par un fort apport canarien et andalou. Le s en fin de syllabe s'aspire ou disparaît, si bien que las rosas se prononce souvent lah rosah. Le r en fin de syllabe glisse vers un l, ce qui donne Puelto Rico. Le d entre deux voyelles tombe fréquemment et todo devient to'o. Le débit rapide déroute souvent les francophones qui ont appris l'espagnol d'Espagne.
Le vocabulaire garde la trace des habitants d'avant la conquête avec hamaca, huracán ou tabaco, mais aussi avec des noms de communes comme Caguas, Guayama ou Yauco. L'apport africain se lit dans des mots liés à la cuisine et à la musique, par exemple gandul, le pois d'Angole, ou fufú.
Un siècle de rattachement aux États-Unis a introduit de nombreux anglicismes, adaptés à la phonétique locale. Les allers-retours avec la diaspora installée à New York et en Floride entretiennent aussi une alternance entre les deux langues au fil d'une même phrase, que l'on appelle couramment spanglish. Ce mélange se rencontre surtout chez les jeunes et chez ceux qui ont vécu sur le continent.
L'anglais est enseigné dès le primaire dans les écoles publiques, où les autres matières se donnent en espagnol. Les établissements privés et bilingues lui font une place plus large. Une partie de la population le maîtrise sans difficulté, une autre le comprend mal, avec de fortes différences selon l'âge, le niveau d'études et la région.
Quelques formules simples changent le ton des échanges. Buenos días, que l'on prononce à peu près bouénoss dias, sert le matin, et buenas tardes, bouénass tardess, l'après-midi. Gracias se dit grassiass, por favor por favor et perdón perdone. La question cuánto cuesta, kouanto kouesta, permet de demander un prix. Dans les zones touristiques, l'anglais suffit presque toujours, mais un mot d'espagnol reçoit partout un bon accueil.