La conversation portoricaine se distingue par sa chaleur, son volume et sa vitesse. Un francophone habitué à des échanges plus retenus y perçoit d'abord une grande familiarité, puis comprend qu'il s'agit d'un code social assez précis.
On se salue par un buenos días ou un buenas selon l'heure, en s'adressant à l'ensemble des personnes présentes plutôt qu'à une seule. Entre femmes, ou entre un homme et une femme, une bise sur la joue droite accompagne souvent la présentation. Entre hommes, la poignée de main l'emporte, parfois doublée d'une accolade entre proches. La distance physique reste plus courte qu'en Europe du Nord et la main posée sur le bras pendant l'échange n'a rien d'intrusif.
Le tú s'emploie dans la plupart des situations, y compris avec des inconnus du même âge. Le usted marque le respect envers les personnes âgées, les médecins, les policiers et parfois les clients. Les titres don et doña devant le prénom restent courants pour les aînés. Un visiteur qui commence par le usted ne commet aucune faute, son interlocuteur ramenant vite l'échange au tutoiement s'il le souhaite.
Le volume sonore élevé n'indique ni colère ni impatience. Les interlocuteurs se coupent la parole sans que cela passe pour de l'impolitesse, et les silences prolongés mettent plutôt mal à l'aise. Les questions sur la famille, l'origine ou le motif du séjour arrivent tôt et relèvent de la courtoisie ordinaire.
L'heure annoncée pour une invitation privée ou une fête garde une bonne part de souplesse, alors que les rendez-vous professionnels, médicaux et administratifs se tiennent à l'heure dite. Le mot ahora ne signifie pas immédiatement mais bientôt, et ahorita reste plus vague encore selon le locuteur.
L'humour portoricain joue sur le jeu de mots, la moquerie affectueuse et l'autodérision. Les surnoms, souvent liés à un trait physique, s'emploient sans intention blessante entre proches. Le sarcasme adressé à un inconnu passe en revanche assez mal.
La question du statut politique divise les familles et les partis depuis plus d'un siècle. Un visiteur qui interroge sur l'indépendance, sur l'intégration comme État ou sur le maintien du Commonwealth obtiendra des réponses passionnées et contradictoires. Le rapport aux États-Unis, la gestion des ouragans et la dette publique appellent la même prudence. L'écoute vaut mieux ici que l'avis tranché.
Dans les hôtels, les restaurants et les sites touristiques, l'anglais permet presque toujours de se faire comprendre. Ailleurs, dans les petites villes et les zones rurales, l'espagnol devient nécessaire. Un effort dans cette langue, même maladroit, reçoit un accueil très favorable.